“Dîtes-le avec un disque”

Au cours des années 60, sont apparues dans certaines grandes villes du monde, des cabines publiques d’enregistrement phonographique. Sur le modèle du Photomaton®, elles permettaient au passant, pour quelques «pièces», de réaliser son propre enregistrement d’environ 1 minute et 30 secondes et de repartir avec un souvenir sonore. Un exemplaire unique, sous la forme d’un disque 45 tours, devenait le témoin fragile d’un instant d’intimité où tout devenait possible. Hors-circuit commercial, ces disques étaient condamnés à rester dans l’anonymat : propos spontanés, chansons approximatives, déclarations d’amour, lettres de rupture, bavardages, rigolades entre amis, engueulades, journaux intimes, imitations, confessions, de déchirantes marques d’affection, de l’ennui parfois… Avec le temps, ils se sont abîmés, ont été perdus. Quelques exemplaires réapparaissent ça et là au détour d’un vide grenier ou d’une maison bazardée. Une qualité sonore incertaine, des documents parfois dérisoires mais autant de pistes transfigurant un imaginaire collectif, révélant des plages sonores inédites : Elia David, Patrice Caillet et Adam David ont collecté plusieurs de ces enregistrements (disques anonymes trouvés) et édité une compilation de 15 titres sur disque 33t vinyle mono-face | Plus d’informations


Fountain, Rathaus Neukölln

Fountain, Rathaus Neukölln, Studio Walter 2018


Journal d’un indécis – Joel Bartolomeo

Sur l’amour, le don, le lien, la création ; l’affirmation, la voix, le regard ; la vérité du visage ; la totale sincérité, la vérité et l’exigence de les approcher ; l’âme, le charme et l’art mais aussi l’apprentissage de la langue allemande, le travail et ses différentes tables dans lesquelles je ne peux que me projeter : Joel Bartolomeo vient de mettre en ligne un grand film, « Journal d’un indécis », œuvre de trois ans de réflexion, de travail et de choix que je trouve très fort et que je salue, qui porte sur l’hésitation amoureuse mais qui est aussi un immense portrait de Lili, personnage central de sa vie de famille et de ses premières vidéos, peut-être de son œuvre, de la même façon qu’il présente un long texte, puissant, de son amie Françoise sur des abus sexuels d’enfance. Un long format prenant, qui confirme tout en emmenant un peu plus loin l’écriture singulière de l’artiste : une production vraiment réussie qui, je lui souhaite, trouvera sa circulation à Paris comme à Berlin, ici | Site de Joel Bartolomeo | Filmographie | Vimeo | Lili Bartolomeo dans Artmag


“De l’éducation des femmes” : extraits

Venez apprendre comment, nées compagnes de l’homme, vous êtes devenues son esclave; comment, tombées dans cet état abject, vous êtes parvenues à vous y plaire, à le regarder comme votre état naturel; comment enfin, dégradées de plus en plus par votre longue habitude de l’esclavage, vous en avez préféré les vices avilissants, mais commodes, aux vertus plus pénibles d’un être libre et respectable. (…)

Ne vous laissez plus abuser par de trompeuses promesses, n’attendez point les secours des hommes auteurs de vos maux: ils n’ont ni la volonté, ni la puissance de les finir, et comment pourraient-ils vouloir former des femmes devant lesquelles ils seraient forcés de rougir; apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution. Cette révolution est-elle possible? C’est à vous seules à le dire puisqu’elle dépend de votre courage en elle vraisemblable.

Toute convention, faite entre deux sujets inégaux en force, ne produit, ne peut produire qu’un tyran et un esclave, il suit encore de là que dans l’union sociale des deux sexes, les femmes généralement plus faibles ont dû être généralement opprimées; ici les faits viennent à l’appui des raisonnements. Parcourez l’univers connu, vous trouverez l’homme fort et tyran, la femme faible et esclave (…)

Quand on parcourt l’histoire des différents peuples et qu’on examine les lois et les usages promulgués et établis à l’égard des femmes, on est tenté de croire qu’elles n’ont que cédé, et non pas consenti au contrat social, qu’elles ont été primitivement subjuguées, et que l’homme a sur elle un droit de conquête dont il use rigoureusement. (…) ils sentirent bientôt le besoin qu’ils avaient des femmes; ils s’occupèrent donc à les contraindre, ou à les persuader, de s’unir à eux. Soit force, soit persuasion, la première qui céda, forgea les chaînes de tout son sexe. (…); les hommes étendirent bientôt jusqu’à elles cette même idée de propriété qui venait de les séduire et de les rassembler; de cela seul qu’elles étaient à leur convenance et qu’ils avaient pu s’en saisir, ils en conclurent qu’elles leur appartenaient: telle fut en général l’origine du droit. Les femmes manquant de forces ne purent défendre et conserver leur existence civile; compagnes de nom, elles devinrent bientôt esclaves de fait, et esclaves malheureuses; leur sort ne dut guère être meilleur que celui des noirs de nos colonies. L’oppression et le mépris furent donc, et durent être généralement, le partage des femmes dans les sociétés naissantes.

Elles sentirent enfin que, puisqu’elles étaient plus faibles, leur unique ressource était de séduire; elles connurent que si elles étaient dépendantes de ces hommes par la force, ils pouvaient le devenir à elle par le plaisir. Plus malheureuses que les hommes, elles durent penser et réfléchir plutôt qu’eux.

De l’Education des femmes, par Pierre Choderlos de Laclos, préface de Geneviève Fraisse, Les Equateurs, 2018 – repris en article par Doan Bui, BiblioObs, 14 janvier 2018, avec une interview de Geneviève Fraisse.


Yusra Mardini par Rineke Dijkstra

Yusra Mardini photographiée par Rineke Dijkstra à Berlin pour le numéro de Vogue d’avril 2017, alors que son père Izzet m’aide à perfectionner ma nage à la piscine, et que je travaille, avec Marlène Archer, aux fondations de l’exposition de Collection Morel sur la Maternité qui, je l’espère, verra le jour dans deux ou trois ans, et présentera d’autres photos de Rineke Dijkstra (Julie, Tecla, Saskia, 1994) | L’histoire de Yusra Mardini, réfugiée syrienne et nageuse olympique, sur le site de Vogue | Wikipedia


Leonora Carrington – Carte d’En bas

Légende de la carte d’En bas:

A. – Lieu désert ; cimetière de Covadonga.
B – Haute muraille entourant le jardin.
X. – Grille du jardin.
1. – Villa Covandonga.
2. – Radiographie.
3. – Villa Pilar.
4. – Pommiers et vue sur Casa Blanca et sur la vallée.
5. – « Afrique ».
6. – Villa Amachu.
6b. – Arbre.
7. – « En Bas ».
8. – Jardin potager.
9. – Tonnelle et caverne.
10. – « Quartier » de Don Mariano.
11. – Rue « du Monde extérieur ».
a. – Ma chambre « En Bas », l’éclipse et les limbes.
b. – Le repaire.
c. – La bibliothèque.

Grande allée d’ « En Bas ».

Via Dormira Jamais, Lettre à Henri Parisot, par Leonora Carrington

“Je suis ma maison” Leonora Carrington, via Yvette Sánchez


“Le Mal”, ennemi en embuscade

“(…) le mal n’est pas un mystère, si on nomme mystère “une réalité d’une telle intensité que, à mesure qu’il s’y engage, l’esprit ne parvient pas à la circonscrire”. Dieu est un mystère, ou l’univers, ou la vie, ou l’amour – mais il n’y à pas de mystère du mal, “pour la bonne raison que celui-ci n’a pas d’essence, aucune densité: à titre de vide, de corrosion, il est un “rien”.”

“(…) la lézarde qu’il laisse voir au sein du bien, la présence de l’échec au sein du projet, de la rupture au sein de l’amour, de la malveillance au sein de la bonté, de l’orgueil lové dans l’humilité, du mensonge au creux de la confiance, de l’offense au milieu du respect”

“Si l’homme est fasciné par le mal, c’est qu’il perçoit confusément qu’en le commettant il serait “enfin” la cause première de “quelque chose”. Le voilà enfin au niveau de Dieu.”

Robert Maggiori,Le Mal – Ennemi en embuscade sur “Le mal” de François-Xavier Putallaz, Éditions du Cerf in Libération du jeudi 23 novembre 2017.

Également : The Chap, “I am the emotion”, démo, 2017 ; Evan Crankshaw, “Papillon”, ongoing movie project, still on works, 2017 | Peinture d’illustration : Iveta Plna (voirLa visite de l’ombre, Studio Walter, 2015).


Somos plenamente libres

“(…) l’exercice de l’autonomie active de ces femmes, en tant que sujets de réflexion et de création, vers la pleine liberté” (José Jimenez, professeur d’Esthétique et Théorie des Arts à l’Université Autonome de Madrid, commissaire de l’exposition) / (“Pour elles, le surréalisme était la manière de prendre conscience de leur être, d’explorer leurs pensées et sentiments les plus profonds et de construire leur identité, en reflétant les expériences passées et présentes, les peurs, les espoirs et les désirs“) : exposition Somos plenamente libres. Las mujeres artistas y el surrealismo, du 10 octobre 2017 au 28 janvier 2018 au Musée Picasso de Málaga.


Hoistires De Tibes

“Hoistires de tibes et d’ulcs”, disque de Mac Fornick aka Martial Carré, Not On label, 1979 (?) | Le disque sur Discogs


Elles, politique et maternité

En exploration de l’exposition elles@centrepompidou, disponible de façon très complète sur le site de l’INA, sur l’accrochage exclusivement féminin de la collection du Musée National d’Art Moderne en 2009 (commissariat de Camille Morineau), et après la lecture de l’article “Pourquoi nous n’avons pas de musée des femmes en France” sur Slate (Aude Lorriaux, 2015), voir Dominique Gonzalez-Foerster parler de son travail et écouter Monika Sprüth est extrêmement motivant alors que, travaillant a un projet d’exposition sur la maternité, je sais d’ores et déjà que les difficultés pour la voir considérée, dans son projet, seront réelles. Les chiffres dont parlent l’article d’Aude Loriau dans Slate sur le taux d’œuvres d’artistes femmes dans les collections, la réalité des directions d’établissements, de la femme d’abord et le plus souvent envisagée comme mythe dans la production artistique – mon exposition sur les Machines célibataires y participant –, ajoute désormais une dimension politique à mes recherches.

L’histoire de nos modèles intellectuels est encore courte, et nous avons besoin de modèles positifs, inspirants. Quand Monika Sprüth parle de combat dans sa vidéo, je tremble avec elle. L’espace des musées est aussi un espace de construction de soi, et les filles que nous avons été et les femmes que nous sommes devraient davantage pouvoir être amenées à rencontrer la détermination d’autres femmes à ce que leur monde, leur sensibilité existent et prennent forme, à “s’écrire pour ne pas être écrites”, a énoncer une individualité désensablée des représentations dominantes, qui n’occulte pas la part de construction féminine que les petites filles que nous avons été ont été amenées à agencer sur une base, une nouvelle fois, pauvre de modèles stimulants, ni sa dimension irréductible, tendre.

Cela me porte, d’autant plus, a envisager l’exposition sur la maternité que je projette avec sérieux, aussi dans ses conflits, ses fantasmes et la sexualité qui est a son origine. Je ne sais pas si on me donnera les moyens de mener à bien ce que je souhaite. La liste des lieux potentiels d’accueil, je le sais, sera extrêmement réduite, du fait de sa transdisciplinarité, et du fait qu’elle n’est pas de nature historique ou rétrospective, mais davantage envisagée comme une écriture propre. Un directeur – car c’est bien essentiellement de directeurs dont il s’agit – ou une directrice saura-t-il, saura-t-elle s’engager ? La seule exposition majeure, a ma connaissance, sur la maternité,La Grande Madre (Milan, 2015 / visite virtuelle), a été réalisée par un homme. Le politique, lorsqu’il est question du corps, n’est jamais très lointain. Et il se forme pour moi, du coup, une responsabilité, une nécessité d’autant plus franche à voir cette exposition exister.

Au travail, donc, de façon redoublée.

Ajout (26.05.17)  : la série d’interviews Herstory menée par Julie Crenn et Pascal Lièvre pour “Herstory, des archives à l’heure des postféministes” (Maison des arts, Centre d’art contemporain de Malakoff, 2017), et plus particulièrement les entretiens avec Brigitte Zieger, Myriam Mechita et Tania Mouraud – via Mariette Auvray.


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